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Pour des nouvelles gourmandes
Ferme Dharma : vivre au rythme des saisons
Même si le printemps tarde, les entrepreneurs de la Ferme Dharma savent que tout vient à point à qui sait attendre : Pâques annonce le printemps avec naissances et semis, la Saint-Jean-Baptiste est promesse d’un délicieux shortcake aux fraises, l’Action de grâce rimera avec abondance des récoltes, mise en conserves et lactofermentation, et l’Avent sera l’occasion de faire boucherie pour passer à travers les longs mois d’hiver…
À la Ferme Dharma, on fait le pari de revenir aux sources et d’adapter son mode de vie pour vivre au rythme des saisons. Objectif : maximiser ce que la nature a à offrir pour briser la dépendance aux grands circuits d’alimentation et, surtout, prendre conscience de leurs impacts sur l’environnement et tenter de les atténuer. Et partager le tout avec la population.
Même si on est encore loin de plonger les mains dans la terre, la Ferme Dharma bourdonne comme une ruche. « Je suis dans le jus, tout est un peu en même temps! Ce sont les semis, les bébés lapins, les poussins, on se prépare à aller dehors. Je ne sors pas trop de chez nous! », énumère Caroline Trudel, le cerveau des opérations agricoles de la petite ferme qui vise, à travers l’élevage et la permaculture, à tendre vers l’autonomie tant alimentaire que financière.
Pour l’agricultrice, jardiner part d’une réflexion écologique. Pendant plusieurs années, elle louait une terre pour faire pousser ses fruits et légumes. L’aventure a pris un nouvel essor lorsque son conjoint, Jonathan Marquis — mécanicien industriel, soudeur, monteur — et son ami, le créateur et réalisateur Louis-Éric Gagnon, ont ajouté leurs billes aux siennes pour accéder à la propriété. À quelques kilomètres de Val-d’Or, la Ferme Dharma a ainsi pu éclore et exprimer son plein potentiel.
Jonathan Marquis, Caroline Trudel et Louis-Éric Gagnon de la Ferme Dharma. Photo: Audrée Giroux photographe
Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme
Des lapins américains et des poules Chanteclerc – la race patrimoniale québécoise à double vocation, soit la ponte et la viande – se sont ainsi ajoutés à l’équation pour rendre possible l’autosuffisance à l’année. L’idée est de mettre en place un système où chaque ressource est valorisée. Le fumier sert, par exemple, à fertiliser les jardins. Les résidus végétaux fournissent en retour une partie de l’alimentation des animaux.
« À ce temps-ci de l’année, il reste moins de légumes. Quand les légumes sont plus rares, je vais manger plus de viande. Pour moi, c’est normal, sur notre territoire, de consommer de la viande. Comme c’est normal, dans l’agroécosystème, d’avoir des animaux », explique celle qui, tout en remettant de l’avant des savoirs ancestraux, comme l’idée de faire boucherie avant l’hiver, se targue tout de même d’avoir réussi à manger du frais jusqu’en février.
Caroline Trudel espère, par le fait même, provoquer une prise de conscience au sein de la population. « La viande, ce n’est pas juste une affaire emballée dans du styromousse qu’on va chercher à l’épicerie, c’est une vie, fait-elle valoir. Les gens sont déconnectés de ça. S’ils avaient à tuer l’animal eux-mêmes, ils en mangeraient peut-être moins », croit-elle.
Photo: Audrée Giroux photographe
ferme dharma: Remettre les savoir-faire ancestraux au goût du jour
Elle préfère d’ailleurs vendre ses animaux vivants pour en faire des reproducteurs que d’en commercialiser la viande — ce que la réglementation l’empêche de faire de toute manière. L’idée est aussi de monter un corpus de connaissances pour ensuite les partager avec la communauté et espérer faire boule de neige.
L’entrepreneure, qui est aussi derrière cet espace de coworking à Val-d’Or et designer numérique, offre donc des ateliers pratiques sur chacune des facettes de la ferme, des cours de jardinage écologique pendant tout l’été à de courtes formations sur l’élevage de lapins ou de poules, en passant par des mini-ateliers sur la conservation des aliments ou la fabrication de savon — car elle a aussi quelques chèvres qui lui fournissent du lait!
« J’ai des gens qui sont venus de la Montérégie pour suivre une formation sur l’élevage du lapin. Il n’y a pas juste en Abitibi que cette connaissance-là n’existe plus, c’est généralisé », explique celle qui met aussi en marché, via sa boutique en ligne et à la ferme, des végétaux adaptés aux réalités climatiques de l’Abitibi-Témiscamingue.
Et, tout au long de l’année, la conversation peut se poursuivre avec les néo-ruraux (ou les urbains) intéressés par ce retour à la terre motivé par des raisons écologiques. Car, en période estivale, la Ferme Dharma écoule ses surplus de légumes frais dans les marchés publics. D’autres produits transformés, comme la sauce forte qui a fait sensation au dernier marché de Noël, devraient être développés en collaboration avec Les Becs sucrés salés. Et d’autres surprises devraient suivre.
« On avait 29 fourrures qui ont été tannées. On va faire des mitaines, des pantoufles, des cache-oreilles en fourrure dans l’idée d’être dans un cercle fermé, absolument zéro déchet », laisse tomber Caroline Trudel, la tête encore pleine d’idées pour convaincre les Témiscabitibiens de joindre la parade!
Sur la photo de couverture: Caroline Trudel . Crédit photo – Audrée Giroux photographe