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Pour des nouvelles gourmandes

Les marchés publics de l’Abitibi-Témiscamingue: 1 M$ de ventes en 2025

Les asperges commencent à se pointer le bout du nez. Les pois mange-tout et les haricots itou. Quant aux serres tunnels, elles amènent à maturité laitues, pak choïs et autres radis hâtifs, autant de promesses d’un été frais et savoureux. S’il faut pour l’instant dénicher ces produits dans les kiosques à la ferme et les boutiques spécialisées, patience : les marchés publics sont sur le point de fleurir partout sur le territoire!

Le marché public de Rouyn-Noranda. Photo: Goûtez AT – Christian Leduc.

Depuis plus d’un quart de siècle, les marchés publics sont le lieu de rendez-vous des producteurs agricoles et des gourmands de l’Abitibi-Témiscamingue. Alors que l’on pourrait croire que les coûts grandissants du panier d’épicerie constituent un frein pour les consommateurs, les neuf marchés publics de la région ne sont pas délaissés pour autant. Les chiffres disent même le contraire! L’année dernière seulement, un peu plus d’un million de dollars de ventes ont été réalisés dans les marchés de l’Abitibi-Témiscamingue.

À l’échelle du Québec, on enregistre plus de 8,4 millions de visites dans les marchés publics. Les consommateurs qui privilégient cette mise en marché de proximité y reviennent en moyenne 8,5 fois par saison et y achètent un panier moyen de 67,40 dollars.

« Après la vente de paniers hebdomadaires saisonniers, mon plus gros revenu, ce sont les marchés publics », lance la propriétaire des Jardins de la colonie et de l’Arbre à sucre Beaumesnil, Nancy Marcotte. Elle ajoute que si les abonnements aux paniers permettent de payer les frais fixes de son entreprise pendant la saison morte, les ventes réalisées dans les marchés arrivent comme une bouffée d’air frais pour renflouer les liquidités. Mais c’est surtout la richesse humaine qui l’incite à poursuivre cet effort exigeant sur le plan logistique.

Nancy Marcotte des Jardins de la colonie. Photo: Goûtez AT – Christian Leduc

Proximité recherchée

« On aime retrouver année après année les mêmes familles, les enfants qu’on voit grandir. Surtout à Val-d’Or, parce que c’est vraiment un marché familial », assure-t-elle, encore peinée d’avoir dû mettre de côté les liens cultivés à Rouyn-Noranda afin de concentrer ses efforts à Val-d’Or, le seul marché public qui a lieu la fin de semaine, et à Amos.

La productrice de Saint-Mathieu-d’Harricana, qui tâte le terrain avec la mise sur pied d’un mini-marché dans sa localité, s’étonne par ailleurs d’apprendre que près de la moitié des marchés publics de la province, soit 47 %, sont situés dans des municipalités de moins de 10 000 habitants. En Abitibi-Témiscamingue, les deux tiers des marchés publics entrent dans cette catégorie.

Le directeur général de l’Association des marchés publics du Québec (APMQ) voit d’un bon œil cet « ancrage rural », en particulier dans une région où les distances à parcourir peuvent se compter en centaines de kilomètres.  « On mesure que les deux tiers des marchands font en moyenne moins de 30 minutes de voiture pour se rendre au marché public et que les deux tiers de la clientèle vivent à moins de 10 kilomètres de leur marché. Je pense que vous augmentez beaucoup notre moyenne en Abitibi! », illustre Jean-Nick Trudel, ajoutant qu’il trouve intéressant que ces petits marchés se dotent tranquillement d’infrastructures permanentes.

Fidéliser les clientèles

Malartic s’inscrit dans cette tendance. Non seulement la ville vient-elle d’annoncer l’aménagement d’infrastructures permanentes, mais elle mise aussi sur le marché public pour redynamiser son centre-ville. Le simple déplacement du marché sur la route 117 au cours des deux dernières années semble d’ailleurs avoir porté ses fruits. L’achalandage a pratiquement triplé pour atteindre quelque 500 visiteurs.

« Quand les gens voient le marché, ils viennent au marché », lance le directeur de la Société de développement économique de Malartic (SDM), Isaac Juteau. Il mentionne que le nombre de marchands a lui aussi plus que triplé, passant de six à une vingtaine cette année.

Le Marché public de Malartic. Photo: SDM – Vicky Neveu, photographe

Il note que cette effervescence a également incité des entrepreneurs à se lancer et à surfer sur la vague. Il cite en exemple la pâtisserie Jouflon-Glouton. « Quand c’est jour de marché, elle ferme son local pour venir au marché. Ce n’est pas rare qu’il y ait un line-up devant son kiosque, dit-il. Ce qui est le fun, c’est qu’après, les gens vont à son local pour demander les produits qu’ils ont découverts au marché. »

Julie Gauthier, qui coordonne le marché public de Rouyn-Noranda depuis 16 ans, voit elle aussi ces lieux comme des incubateurs d’entreprises. Au fil des ans, elle a constaté le développement d’un véritable goût pour l’innovation.

« On sent que les agrotransformateurs sont vraiment plus développés. On n’avait pas de viande il y a 16 ans, maintenant on a quatre producteurs solides. Chaque année, il y a de nouveaux produits, ils se réinventent », dit-elle, citant notamment l’engouement autour des produits forestiers non ligneux de Vert Forêt, du Goût du Pays et de plusieurs producteurs de champignons.

Et si certains joueurs choisissent éventuellement de quitter les marchés publics pour se rapprocher encore davantage de leur clientèle, comme Nancy Marcotte, Julie Gauthier est loin d’y voir de la compétition.

« Un marché public, c’est un levier : pour la mise en marché, pour tester des produits, pour se faire connaître. Si quelqu’un, après 10 ou 15 ans de participation, réussit à sortir des marchés publics parce que son réseau de distribution est bien établi ou qu’il veut partir un kiosque à la ferme, moi, je suis juste contente parce que la mission du marché public est accomplie! », conclut-elle.

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